Nos expériences de teinture végétale : transformer la laine du placard avec ce qu'il y a dans la cuisine
Photo: Roued, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Tout est parti d'un simple bol d'épluchures d'oignons rouges restées sur le plan de travail. Marie-Claire a haussez les épaules en disant « ça donnerait jamais rien », et trois heures plus tard, on se retrouvait toutes les deux penchées sur une casserole d'eau fumante, émerveillées par nos écheveaux devenus cuivrés.
Alors on a continué. Pendant trois semaines, notre cuisine a sentiblement pris des airs d'atelier d'artisane : bocaux d'eau de rouille, torchons tachés de garance, et une odeur de camomille qui traînait jusqu'au salon. Voici notre retour d'expérience, sans filtre ni retouche — y compris sur nos échecs.
Le matériel : rien d'exotique, promis
Avant de vous lancer, rassurez-vous : la teinture végétale ne demande pas d'investissement. Une casserole en inox ou en émail (qu'on ne réutilisera plus pour la soupe, c'est le seul sacrifice), des écheveaux de laine naturelle — l'alpaga et le mérinos prennent superbement les couleurs — et un mordant.
Le mordant, c'est le fixateur qui permet à la plante d'accrocher à la fibre. On a testé trois options : l'alun de potassium (en droguerie ou pharmacie, environ 5 € le sachet), le vinaigre blanc pour certains végétaux, et le tanin de nos feuilles de vigne, gratuitement récupérées chez la voisine de Marie-Claire à Saint-Étienne.
Nos essais, plante par plante
Les pelures d'oignon rouge restent notre grand favori. Sans mordant complexe, juste un trempage d'une heure dans l'eau bouillante des épluchures, on obtient un orange cuivré profond, presque terracotta. Deuxième bain : un rose pâle très doux, parfait pour un bonnet bébé.
La garance (racine séchée, trouvée dans une herboristerie de la rue des Rosiers) donne ce rouge brique légèrement rosé qu'on adore sur les pulls d'automne. Attention : il faut faire tremper la racine plusieurs heures avant, sinon la couleur reste timide. Notre premier essai, trop pressé, a donné un beige douteux qu'on a baptisé « chaussette de grand-père ».
La camomille séchée offre un jaune doux, presque beurre frais. Avec un peu d'alun, ça vire au jaune d'or. C'est la teinte la plus délicate de notre palette, idéale pour éclaircir une laine trop foncée.
Les feuilles de vigne, grande surprise de nos expérimentations : un gris-vert sauge, très subtil, qu'on n'aurait jamais imaginé obtenir. On les a fait bouillir 45 minutes avec les écheveaux trempés dans une eau légèrement vinaigrée. Résultat à la fois sauvage et raffiné.
Le tableau des nuances qu'on vous partage
| Plante | Mordant | Couleur obtenue | Solidité au lavage |
|---|---|---|---|
| Pelures d'oignon rouge | Aucun (eau seule) | Orange cuivré | Excellente |
| Pelures d'oignon rouge | Alun | Rose pâle | Bonne |
| Garance | Alun | Rouge brique | Bonne |
| Camomille | Alun | Jaune doré | Moyenne |
| Feuilles de vigne | Vinaigre blanc | Vert sauge | Correcte |
On a lavé chaque écheveau trois fois à l'eau froide avec un peu de savon de Marseille pour tester la solidité. Les couleurs à base d'oignon tiennent remarquablement. La camomille, elle, a légèrement pâli — à réserver pour des accessoires peu lavés.
Nos trois conseils après avoir tout raté (une fois)
- Toujours mordancer avant de teindre. On a voulu gagner du temps sur la garance en trempant directement dans le bain coloré : catastrophe. La couleur n'a pas tenu au premier rinçage.
- Filmer ses essais. On a oublié de noter les proportions du premier bain d'oignon, celui qui donnait le plus beau cuivré. Depuis, on note tout dans un carnet dédié.
- Travailler sur écheveaux, jamais sur pelotes en ballon. La laine doit pouvoir bouger librement dans le bain, sinon les couleurs se répartissent mal et on obtient des zones inégales.
Et après ? On tricote, évidemment
Notre premier projet avec ces laines maison : un snood en côtes anglaises mêlant le cuivré de l'oignon et le vert sauge de la vigne. Un camaïeu automnal qu'on n'aurait jamais trouvé en boutique, avec en prime cette fierté bizarre de savoir qu'il est né dans notre casserole.
La prochaine étape, si le temps le permet : tenter l'indigo, qu'on nous a conseillé d'acheter en plaquettes chez un fournisseur spécialisé. On vous racontera, promis — avec les photos avant/après, comme d'habitude.
Et vous, avez-vous déjà tenté la teinture végétale ? Dites-nous en commentaire quelles plantes de votre jardin vous aimeriez tester, on se fera un petit groupe d'essais collectifs !