Médiathèques : le nouveau repaire des tricoteuses urbaines
Photo: Zasan Doshiyak, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Il y a un petit bruit qu'on n'associait pas forcément aux bibliothèques jusqu'il y a peu : le cliquetis régulier des aiguilles. Et pourtant, de plus en plus de médiathèques françaises accueillent désormais des cercles de tricot gratuits, ouverts à toutes et tous, où l'on vient avec sa pelote sous le bras comme on venait autrefois emprunter un roman.
Nous avons poussé la porte de l'une de ces rencontres un mercredi après-midi, entre deux rangs de notre éternel pull en attente. Verdict : on est ressorties conquises, et avec trois nouvelles copines tricoteuses.
Le silence de la bibliothèque ? Pas vraiment
Oubliez l'image du lecteur penché sur son livre dans un silence de cathédrale. Dans les médiathèques qui accueillent ces ateliers, une table est réservée, un peu à l'écart, et la conversation va bon train. « Au début, certains lecteurs levaient un sourcil, sourit Martine, animatrice d'un de ces cercles dans une médiathèque de la région lyonnaise. Aujourd'hui, ce sont eux qui viennent nous demander comment on fait un jersey ! »
Le concept est simple : la médiathèque met à disposition un espace, une table, parfois même des aiguilles et des pelotes de démarrage. Les participantes viennent avec leurs projets, les débutantes repartent avec leurs premiers mailles à l'endroit. Et tout cela, gratuitement.
Pourquoi la médiathèque plutôt que le canapé ?
On a posé la question à Claire, 26 ans, arrivée il y a trois mois sans jamais avoir tenu une paire d'aiguilles. « Chez moi, je n'y serais jamais arrivée. Sur les tutos en ligne, je bloquais à chaque fois. Ici, quelqu'un regarde mes mains et me dit tout de suite ce qui cloche. Et puis, il y a le côté rendez-vous : si je m'étais promis de tricoter seule, j'aurais abandonné au premier rang raté. »
C'est tout l'intérêt de ces cercles : la régularité et l'émulation. On vient pour les mailles, on reste pour les échanges. Entre deux jetés, on parle boulot, famille, séries, et on ressort avec plus qu'un projet en cours : des liens.
Des médiathèques qui jouent leur rôle autrement
Pour les médiathèques, l'équation est gagnante. Ces ateliers attirent un public qui ne franchissait plus leurs portes, et s'inscrivent dans une logique de « troisième lieu » : ni la maison, ni le travail, un endroit où l'on vient simplement pour être ensemble. Certaines structures complètent l'atelier avec un fonds d'ouvrages consacrés au tricot, à la couture ou au crochet, parfois même des patrons consultables sur place.
D'autres vont plus loin : expos des créations des participantes, concours de bonnets avant l'hiver, ou encore échanges de pelotes de laine restées au fond des paniers. Une belle façon de prolonger l'esprit du fait-main jusque dans les rayonnages.
Comment trouver (ou lancer) un cercle près de chez vous
Envie de tenter l'expérience ? Quelques pistes :
- Renseignez-vous auprès de votre médiathèque : beaucoup affichent leurs ateliers sur leur site ou leur page Facebook, mais certains cercles ne se relaient que par le bouche-à-oreille.
- Cherchez les mots-clés « atelier tricot », « cercle de mailles » ou « tricot collectif » avec le nom de votre ville.
- Osez y aller seule : c'est le point commun de toutes les participantes que nous avons rencontrées. Personne ne se connaît au départ, et l'aiguille fait vite tomber la timidité.
- Et si votre bibliothèque n'en propose pas ? Proposez l'idée ! La plupart des médiathèques cherchent justement des activités de médiation, et il suffit souvent d'une animatrice volontaire et d'une table pour démarrer.
Notre verdict de filles en aiguilles
Entre nous, on qui tricote depuis des années sur les canapés et dans les TER, on pensait avoir tout vu du tricot en collectivité. Ces cercles en médiathèque ont un charme particulier : la gratuité qui met tout le monde à égalité, le mélange des générations — on y croise des étudiantes, des retraitées, des jeunes mamans — et cette sensation de prendre soin de soi sans dépenser un centime.
Alors la prochaine fois que vous passez devant votre médiathèque, entrez donc. Il y a peut-être, quelque part entre le rayon romans et la presse, une table où l'on attend justement vos aiguilles. Et si vous y croisez deux filles en aiguilles, vous saurez que c'était nous. 😉