Dimanche, plaid et pelote : le rituel des mailles sans pression
Photo: Sheila Sund from Salem, United States, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Il y a des dimanches comme ça. Le ciel est gris, la météo promet de la pluie sans jamais vraiment la tenir, et aucune des deux n'a envie de sortir les aiguilles « sérieuses ». Vous savez, celles qui attendent patiemment qu'on relise un patron, qu'on compte des mailles, qu'on fasse un échantillon digne de ce nom. Non. Ce jour-là, chez nous, c'est jour de tricot pyjama.
Le rituel qui n'en est pas un
C'est un peu paradoxal, mais notre rituel du dimanche tient précisément au fait qu'il n'a aucune règle. Un thé qui fume (souvent un earl grey un peu tiède d'ici qu'on y pense), un podcast en fond — on est en ce moment sur une série d'épisodes vrais crimes à moitié écoutés, mais peu importe — et une pelote entamée depuis des semaines qu'on repêche au fond d'un panier.
Ce projet-là, on ne lui demande rien. Pas d'avance prévue, pas d'échéance, pas de photo Instagram au programme. C'est le tricot de secours, le tricot couverture, celui qui attend gentiment entre deux gros projets. Et étrangement, c'est souvent celui qu'on tricote avec le plus de plaisir.
Pourquoi le dimanche, exactement ?
On s'est posé la question en tricotant (évidemment). Notre théorie : le dimanche, c'est le seul jour où la culpabilité de « ne rien faire de productif » est institutionnellement admise. Personne ne s'attend à quoi que ce soit de vous un dimanche après-midi de novembre. C'est le jour idéal pour les projets sans enjeu.
Et puis il y a le côté transition. Le dimanche soir, c'est le début de la semaine qui rôde. Tricoter quelque chose de simple, ça occupe les mains pendant que la tête ruminait autre chose. On appelle ça tricoter en mode veille : les mailles défilent, le cerveau décompresse, et on arrive au lundi avec un carré de plus et un moral en meilleur état.
Nos mailles « sans réflexion » préférées
Parce qu'un dimanche gris, on n'a clairement pas envie de lire une grille de jacquard, voici nos points fétiches pour ces journées-là :
- Le point mousse. Le champion toutes catégories. Une maille à l'endroit, tout le temps, sur toutes les rangées. On peut téléphoner à notre mère en même temps, ça ne se verra pas.
- Le jersey, tout bêtement. Rang endroit, rang envers, on connaît la chanson. Parfait pour un snood infini qu'on tricote du bout des doigts.
- La côte 2/2. Un peu de rythme sans réfléchir : deux endroits, deux envers, et on laisse les doigts mémoriser à notre place.
- Le point de riz. Alterné, oui, mais tellement régulier qu'il devient presque hypnotique. Idéal pour une écharpe qu'on tricote « en fond sonore ».
Notre conseil de filles : gardez toujours un projet de ce genre monté sur des aiguilles, prêt à être attrapé. Chez nous, ça s'appelle le « projet placard », et il nous a sauvées plus d'une fois d'un dimanche à surveiller le plafond.
La pelote oubliée, notre amie de novembre
Il faut aussi avouer quelque chose : ce projet dominical, parfois, il traîne. Le snood commencé en septembre qu'on n'a pas fini à temps, la deuxième chaussette qui n'existe toujours pas. Et on a appris à ne plus culpabiliser.
Un projet qui traîne, c'est un projet qu'on aime assez pour y revenir. S'il était vraiment raté, on l'aurait dévidé depuis longtemps. Alors le dimanche, on lui redonne sa chance. Trois rangées ? Très bien. Une demi-heure ? Parfait. Parfois on le range aussitôt, parfois on se retrouve une heure plus tard, plaid sur les genoux, avec dix centimètres de plus qu'on n'avait pas prévus.
Et le thé dans tout ça ?
On ne va pas se mentir : le thé (ou le chocolat chaud, on ne juge personne) fait partie intégrante du dispositif. C'est le signal. Dès que la théière sort, les aiguilles sortent aussi. C'est devenu un réflexe conditionné, comme le chat qui accourt au bruit d'une boîte de croquettes.
Alors ce dimanche, si le ciel est gris chez vous aussi, on vous lance un petit défi : sortez la pelote la plus oubliée de votre panier, montez (ou reprenez) quelque chose de tout simple, et tricotez sans but. Pas de photo, pas de comptage, pas de pression.
Juste vous, vos aiguilles, et un dimanche qui ne demande qu'à être tricoté.